
Mesdames et messieurs,
Pour commencer, je souhaiterais vous remercier pour la généreuse injustice qui nous est offerte ici. Ce n’est pas la première fois que je suis heureux de citer les noms du Professeur Alberto Abruzzese et de Vincenzo Susca, et peut-être devrais-je les remercier encore, dans les minutes qui suivent, de leur bienveillance et de leurs corrections.
Car je dois aussi m’excuser de lire mon texte. Mais la langue italienne, ou ce qu’un étranger appelle la langue italienne, ne m’aime malheureusement pas autant que je ne l’aime. Et puisque j’ai choisi de parler italien, j’aurais souhaité proposer un premier exemple dans la grande littérature italienne contemporaine. Mais mon ignorance m’en a empêché, et je vais commencer par Virgile.
Lorsque le poète Français Gérard de Nerval écrivit « Je n’ai pu percer sans frémir ces portes d’ivoire ou de corne qui nous séparent du monde invisible », il pense à deux portes curieuses, décrites dans l’Eneide et que Virgile appelle les portes du sommeil ou les portes des songes (Somni portae). La première est faite de corne et la seconde est faite d’ivoire. Par la porte de corne passent les songes véritables et prophétiques et par la porte d’ivoire, les vaines illusions et les songes trompeurs. Quelques sept siècles auparavant, Homère avait mis la même métaphore dans la bouche de Pénélope.
À première vue, il paraît surprenant qu’Homère et Virgile attribuent aux songes prophétiques, aux songes qui renseignent sur l’avenir, une matière moins noble, la corne, que l’ivoire éclatant, réservé aux illusions. Mais si l’on y réfléchit, il est normal que les rêves qui apportent des informations sur un avenir déjà écrit aient moins de valeur que les rêves qui ne viennent de nulle part, et qui sont, par bonheur, de pures inventions de l’esprit.
Et, en préparant ce texte, je me suis souvenu qu’une fois, un ami chercheur m’avait dit que l’on ne rêvait pas seulement des jours passés, mais que l’on rêvait aussi des jours à venir, ce qui m’a paru impossible et naïf. J’ai mis du temps à comprendre ce qu’il voulait dire, et qui est en fait très simple : en rêvant, nous construisons du souvenir. Nos rêves peuplent notre mémoire d’images et de monstres qui nous accompagnerons le lendemain, et le surlendemain, dans nos vies quotidiennes. « Nous sommes de la même étoffe sont les rêves sont faits » (« We are such stuff as dreams are made on »), vous connaissez tous ce vers célèbre de la Tempête de Wiliam Shakespeare.
Cette idée est longtemps restée commune. Mais même les symboles les plus puissants ont fini par être expliqués ; je pense ici à un livre écrit par Emile Bouant en 1883, qui prouve que le feu, la grande image du feu, qui habite nos rêves, la poésie d’Héraclite d’Ephèse, est avant tout la limite la plus certaine entre l’homme nomade et la civilisation.
Heureusement, l’importance qu’apportent les hommes aux mondes imaginaux ne s’est cependant pas arrêtée aux portes de la modernité. Entre les années 30 et, disons, les années 60 du siècle dernier, un groupe d’érudits, poussés à réfléchir sur les sciences humaines après la grande fragilisation des sciences dures, se retrouvèrent sous un chêne, dans le montagneux Tessin Suisse, à la Casa Eranos. Parmi eux il y eut Henri Corbin, Mircea Eliade, le théologien Ernst Benz ou le spécialiste de la Kabbale Gershom Scholem, ainsi que Gilbert Durand ou Karl Gustav Jung. Si aujourd’hui nous sommes attentifs à ces « songes trompeurs », à cette « folle du logis » de la tradition rationaliste disait Durand, c’est grandement grâce à leurs travaux. C’est là-bas, écrivit Durand, « en marge de toutes les universités du monde - que, librement, des universitaires les plus éminents créèrent une science anthropologique nouvelle dont la base reposait sur la faculté essentielle du sapiens sapiens : à savoir son incontournable pouvoir de symboliser, son imagination symbolique », qui sont les précieuses « vaines illusions » de Virgile.
Dans les œuvres de fiction, les exemples où l’imaginaire est en continuité avec la vie sont peut-être infinis. Je pense à de Pedro Calderón de la Barca, à Franz Kafka, à E.E. Cummings, aux écrivains du Réalisme Magique comme Adolfo Bioy Casares et Juan Rulfo, à la littérature orientale ou au peu que j’en connais, ou aux oeuvres plus connues, comme The Matrix.
En fait, le sentiment que nous sommes soutenus et infiltrés par une force invisible, que, comme l’a dit le Professeur Maffesoli, « On est plus agi que l’on agit », est un thème récurent de notre histoire.
Nous en avons un exemple dans la bible, avec le tour peut-être le plus fameux de la littérature de fiction, plus fameux que celui joué par Ulysse au Cyclope Polyphème, et beaucoup plus beau. Parce que ce tour, Abraham le joue à Dieu lui-même, qui est plus difficile à berner qu’un géant avec un seul oeil.
Dieu révèle à Abraham qu’il va détruire Sodome. Il dit « le cri contre Sodome et Gomorrhe s’est accru, et leur péché est énorme ». L’intercession d’Abraham en faveur de Sodome est un une série de négociations sur le nombre de justes au dessus duquel l’Eternel épargnera la ville. Abraham parvient à obtenir le nombre de 10, en étant parti de 50 et même s’il retourne humblement dans sa demeure, le lecteur sait qu’il s’est bien joué de Dieu.
Une autre métaphore nous parle d’un groupe invisible, qui, lui aussi, justifie la pérennité d’une société (c’est une histoire qui n’est pas de ma culture, et vous pourrez me corriger si je me trompe). Dans la mythologie judaïque, il est question des 36 justes qui accueillent la présence divine. Si un seul de ces 36 hommes venait à manquer, le monde se terminerait. En Hébreu, trente se dit lamed et vav veut dire 6. On les appelle ainsi les Lamed-vav Tzadikim, les 36 personnes.
Ils ne se connaissent pas, ils ne savent rien du chiffre 36, et si l’un d’eux venait à apprendre qu’il est l’un des 36 justes, la tradition dit qu’il mourrait et qu’un autre viendrait prendre sa place. Les justes sont aussi appelés les Nistarim, les anonymes, « ceux qui sont cachés », parce qu’on ne les verra jamais, et qu’ils peuvent être n’importe qui, même un sociologue.
Et à cause du titre de cette intervention, je dois citer aussi ce texte qui se trouve dans les Villes Invisibles d’Italo Calvino. Dans la ville d’Eusapie, lorsque les habitants meurent, ils se font embaumer puis déposer dans une copie de leur ville qui prospère sous terre. Leurs corps est installé dans un lieu et une position qui perpétuent leur vie là-haut : ils continuent de chanter, de jouer de la trompette et de se raser. Le travail de transporter les morts d’une ville à l’autre est l’oeuvre d’une congrégation de cagoulard, d’une société secrète. Et ces hommes laissent entendre que les morts apportent d’eux-mêmes de petites modifications à leur quotidien. Pour être à la mode, les vivants copient ces modifications, et ainsi on ne sait plus quelle ville est la copie et laquelle est l’original.
L’idée que nous poursuivrons notre existence dans un corps symbolique, Calvino l’emprunte sûrement au Corpus Gloriosus Paulinien, de l’épître aux Philippiens. L’autre idée, celle qu’une chose secrète soutient et s’épanche dans notre quotidien, que ce soient les rêves, les Justes de Sodome, les Lamed-vav Tzadikim, la congrégation de cagoulards d’Eusapie, (je pense - je suis sûr - que nous pourrions multiplier les exemples) me ramène à une expression du sociologue allemand Georg Simmel à laquelle le Professeur Maffesoli nous a rendu attentif . Simmel dit qu’il faut être attentif au “Roi Clandestin” d’une époque. Nous passons une grande partie de notre temps de chercheurs à l’écoute de ce Roi clandestin. Et, peut-être, l’idée si forte qu’un Roi Clandestin nous soutient, est-elle déjà, en soi, un fait social.
L’une des questions qui a été posée au Groupe de Recherche sur la Technologie et le Quotidien que dirige Stéphane Hugon à Paris était : « qu’à changé dans notre vie, le passage de la mécanique à l’électronique ? ».
Dans les objets mécaniques, le jeu des forces, les rouages, les ressorts, le système sont visibles. La technique est à échelle humaine, car nous avions l’idée qu’un objet brisé pouvait être réparé à l’aide de la logique et de nos mains.
Aujourd’hui, nous faisons tous les jours l’expérience de notre inutilité devant un téléphone portable brisé ou la dysfonction d’un appareil photo numérique, parce que les forces qui animent ces technologies sont invisibles.
Sans être un fait de grande importance, nous voyons émerger cette idée que nous avons peu de pouvoir sur ce qui nous entoure, ou plutôt que les objets quotidiens sont animés par une force que nous ne comprenons pas, qui nous est légèrement étrangère (forestiero - qui vient d’un lieu mal éclairé). Et peut-être est-ce pour cela que ces grands thèmes, le rêve, la magie, le secret, la nuit, qui proviennent du vocabulaire des enfants, sont sur le bout de nos lèvres.
Une autre idée qui a eu beaucoup de succès dans les siècles qui nous précèdent, est que nous pouvons expliquer, mettre à plat, les différents mystères, éclairer la nuit, ratifier les secrets de la nature. Nous pensons aujourd’hui, comme dans l’histoire des Lamed-vav Tzadikim, qu’à peine une partie du mystère est-elle révélée, que le mystère tout entier se recompose. Tout au plus pouvons-nous - Professeur Maffesoli, je vous emprunte une expression qui vous est chère - « trouver les mots les moins faux, pour décrire notre époque », le texte social ; trouver des manières de dire ce qui est là, indubitablement là.
Comme l’a dit Vincenzo Susca il y a quelques jours à Rome, le sociologue est finalement un annotateur. Nous ne pouvons que poser, sur le texte social, des notes de bas de page. Et chaque fois que je pense à une manière de vivre avec ces changements, d’accompagner ce qui se déroule devant nous et qui se déroule avec nous, je me rappelle la proposition de Marco Polo pour rendre le monde habitable – « Rendre le monde habitable » est, je crois, le titre de l’intervention que Stéphane Hugon s’apprête à faire.
Cette proposition se trouve dans la dernière phrase des Villes Invisibles, après laquelle je ne pourrais plus rien dire. Vous la connaissez sans doute par cœur ; moi, par bonheur, je la trouve inépuisable. Alors, peut-être, avec toute notre attention et le long d’un apprentissage continuel, pouvons-nous « chercher et savoir reconnaître qui et quoi, au milieu de l’enfer, n’est pas l’enfer, et le faire durer, et lui faire de la place. »
Signore e signori,
Per cominciare, desidererei ringraziarvi per la generosa ingiustizia che ci è offerta oggi. Non è la prima volta che sono felice di citare i nomi del professor Alberto Abruzzese e di Vincenzo Susca, e forse dovrei ringraziarli ancora, tra i minuti che seguono, di loro benevolenza e delle loro correzioni.
Ciò perché devo anche scusarmi di leggere il mio testo. Ma la lingua italiana, o ciò che uno straniero chiama la lingua italiana, non mi ama purtroppo quanto la ami io. E poiché ho scelto di parlare italiano, avrei desiderato proporre un primo esempio nella grande letteratura italiana contemporanea. Visto che la mia ignoranza me lo ha impedito, comincerò per Virgilio.
Quando il poeta francese Gérard de Nerval scrisse « Non ho potuto bucare senza fremere queste porte d’avorio o di corno che ci separano dal mondo invisibile », pensa a due porte curiose, descritte nell’Eneide e che Virgilio chiama le porte del sonno o le porte dei sogni (Somni portae). La prima porta è fatta di corno e la seconda è fatta d’avorio. Con la porta di corno passano i sogni veri e profetici e con la porta d’avorio, le illusioni inutili ed i sogni ingannevoli. Sette secoli prima, Omero aveva messo la stessa metafora nella bocca di Penelope.
A prima vista, sembra sorprendente che Omero e Virgilio attribuiscano ai sogni profetici, ai sogni che forniscono informazioni sul futuro, una materia meno nobile, il corno, che l’avorio luminoso, riservato alle illusioni. Ma se ci si riflette, è normale che i sogni che forniscono informazioni su un futuro già scritto abbiano meno valore dei sogni che non vengono da nessuna parte, e che sono, gioiosamente, invenzioni pure dello spirito.
E, preparando questo testo, mi sono ricordato che una volta, un amico ricercatore mi aveva detto che non si sognava soltanto giorni passati, ma che si sognavano anche giorni à venire, cosa che mi era sembrata impossibile ed ingenua. Ho messo tempo a capire ciò che voleva dire, che è in realtà molto semplice: sognando, costruiamo della memoria. I nostri sogni popolano la nostra memoria di immagini e di mostri che ci accompagneranno il giorno dopo, due giorni dopo, nelle nostre vite quotidiane. « Siamo fatti della stessa stoffa dei nostri sogni » (« We are such stuff as dreams are made on »), conoscete tutti questi versi famosi della Tempesta di Wiliam Shakespeare.
Quest’idea è stata a lungo condivisa. Ma anche i simboli più potenti hanno finito per essere spiegati; penso qui ad un libro scritto da Emile Bouant in 1883 (mille otto cento ottanta tre), che prova che il fuoco, la grande immagine del fuoco, che abita i nostri sogni, la poesia d’Eraclito d’Epheso, è soprattutto il limite più sicuro tra l’uomo nomade e la civilizzazione.
Per fortuna, l’importanza che gli uomini attribuiscono ai mondi immaginali non si è fermata alle porte della modernità. Tra gli anni 30 e, diciamo, gli anni 60 del secolo scorso, un gruppo di eruditi, spinti a riflettere sulle scienze umane dopo il grande indebolimento dele scienze dure, si trovarono sotto una quercia, nel montagnoso Tessino Svizzero, presso la casa Eranos. Fra loro ci fu Henri Corbin, Mircea Eliade, il teologo Ernst Benz o lo specialista della Kabbala Gershom Scholem, e anche Gilbert Durand o Karl Gustav Jung. Se oggi prestiamo attenzione a questi « sogni ingannevoli », all’immaginazione, questa « fata della casa » della tradizione razionalista diceva Durand, è in gran parte grazie ai loro lavori. È li, scrisse Durand, « in margine a tutte le università del mondo - che, liberamente, degli universitari più eminenti crearono una scienza anthropologique nuova, la cui base poggiava sulla facoltà essenziale del sapiens sapiens: conoscere il proprio potere inevitabile di simbolizzare, la propria immaginazione simbolica », quali sono le preziose « illusioni inutili » di Virgilio.
Nelle opere di finzione, gli esempi dove l’immaginario è in continuità con la vita sono forse infiniti. Penso a Pedro Calderón della Barca, a Franz Kafka, al poeta americano E.E. Cummings, agli autori del Realismo Magico come Adolfo Bioy Casares e Juan Rulfo, a la letteratura orientale, o al poco che ne conosco, o alle opere più conosciute, come The Matrix.
In realtà, la sensazione che siamo sostenuti ed infiltrati da una forza invisibile, il fatto che, come sostiene il professor Maffesoli, « siamo più agiti di quanto agiamo. », è un tema ricorrente della nostra storia.
Ne abbiamo un esempio nella Bibbia, con l’astuzia forse più famosa della letteratura di finzione, più di cio che Ulysse ha fato al ciclope Polifemo, e molto più bella. Perché questo gioco di astuzia, Abramo lo gioca a Dio stesso, che è più difficile da prendere in giro di un gigante con un solo occhio.
Dio rivela ad Abramo che distruggerà Sodoma. Dice: « il grido contro Sodoma e Gomorra è aumentato, ed il loro peccato è enorme ». L’intercessione di Abramo a favore di Sodoma è una serie di negoziati sul numero di giusti al si sopra dei quali l’Eterno salverà la città. Abramo riesce ad ottenere il numero di 10, essendo partito da 50, ed anche se torna umilmente nella sua residenza, il lettore sa che si è preso gioco di Dio.
Un’altra variazione ci parla di un gruppo invisibile, che, anche esso, giustifica la perennità di una società (è una storia che non fa parte della mia cultura, e voi potrete correggermi se mi sbaglio). Nella mitologia ebraica, sono presi in considerazione i 36 giusti che accolgono la presenza divina. Se uno solo di questi 36 uomini venisse a mancare, il mondo finirebbe. In ebreo, trenta si dice lamed e vav vuol dire 6. Li chiamamo così i Lamed-vav Tzadikim, le 36 persone.
Non si conoscono, non sanno nulla della cifra 36, e se uno di loro venisse ad apprendere che è uno delle 36 persone giuste, la tradizione dice che morirebbe e che un altro verrebbe a prendere il suo posto. Le chiamiamo anche i Nistarim, i anonimati, « coloro che sono nascosti », perché non si vedranno mai, e che possono essere chiunque, perfino un sociologo.
In rispetto al titolo del mio intervento – La tecnica invisibile – devo citare anche questo testo che si trova nelle Città Invisibili di Italo Calvino. Nella città d’Eusapia, quando gli abitanti muoiono, si fanno imbalsamare e poi depositare in una copia della loro città che prospera sotto terra. I loro corpi sono installati in un luogo ed una posizione che perpetuano la loro vita lassù: continuano a cantare, a suonare la tromba e a radersi. Il lavoro di trasportare i morti da una città all’altra è l’opera di una confraternita di incapucciati, di una società segreta. E questi uomini lasciano intendere che i morti apportano delle piccole modifiche al loro quotidiano. Per essere alla moda, i vivi copiano queste modifiche, e così non si sa più quale città sia la copia e quale l’originale.
L’idea che proseguiamo la nostra esistenza in un corpo simbolico, Calvino lo prende sicuramente al Corpo Glorioso Paolino, nell’epistola ai filippini. L’altra idea, ovvero il fatto che una cosa segreta sostenga e si stenda nell nostro quotidiano, siano essi i sogni, i giusti di Sodoma, i Lamed-vav Tzadikim, o la confraternita di incapucciati d’Eusapia (penso - sono sicuro - che potremmo moltiplicare gli esempi); questo ci riporta ad un’espressione del sociologo tedesco Georg Simmel, alla quale il professor Maffesoli ci ha reso attenti. Simmel dice che occorre prestare attenzione al “Re Clandestino” di un’epoca. Passiamo una grande parte del nostro tempo di ricercatori all’ascolto di questo Re Clandestino. E, forse, l’idea così forte che un Re Clandestino ci sostiene, e, in se, un fatto sociale.
Una delle questioni che è stata posta al gruppo di ricerca sulla tecnologia ed il quotidiano che dirige Stéphane Hugon a Parigi era: « che a cambiato nella nostra vita, il passaggio della meccanica all’elettronica ? ».
Negli oggetti meccanici, il gioco delle forze, gli ingranaggi, le mole, il sistema sono visibili. La tecnica può essere riportata su scala umana, poiché avevamo l’idea che un oggetto rotto poteva essere riparato per mezzo della logica e delle nostre mani.
Oggi, facciamo tutti i giorni l’esperienza della nostra inutilità dinanzi ad un cellulare rotto o la disfunzione di un apparecchio fotografico digitale, perché le forze che animano queste tecnologie sono invisibili.
Senza essere un fatto di grande importanza, vediamo emergere quest’idea che abbiamo poco potere su ciò che ci circonda, o piuttosto che gli oggetti quotidiani sono animati da una forza che non comprendiamo, che ci è leggermente forestiera – chi viene da un luogo in qualche modo oscuro. Forse è per questo che questi grandi temi, il sogno, la magia, il segreto, la notte, che provengono dal vocabolario dei bambini, sono perennemente sulla punta della nostra lingua.
Un’altra idea che ha avuto molti successi tra i secoli che ci precedono, è che possiamo spiegare i vari misteri, schiarire la notte, ratificare i segreti. Pensiamo oggi, come nella storia del Lamed-vav Tzadikim, che appena una parte del mistero rivelata, il mistero si ricomponga. Al massimo possiamo - Professeur Maffesoli, je vous emprunte une expression qui vous est chère – « trovare le parole meno false possibile, per descrivere la nostra epoca », il testo sociale; trovare modi di dire ciò che è là, indubbiamente là.
Come Vincenzo Susca ha detto qualche giorni fa a Roma, il sociologo è alla fine nient’altro che commentatore. Possiamo soltanto porre, sul testo sociale, note à piè di pagina. E ogni volta che penso ad un modo di vivere con questi cambiamenti, di accompagnare ciò che si svolge dinanzi a noi e che si svolge con noi, mi ricordo la proposta di Marco Polo per rendere il mondo abitabile – “Rendere il mondo abitabile” e, credo, il titolo dell’intervento che Stephane Hugon si appresta a fare.
Questa proposta si trova nell’ultima frase delle Città Invisibili, dopo la quale chiudo il mio discorso perché non posso aggiungervi nulla. Voi la conoscete senza dubbio a memoria. A mio avviso fa parte del repertorio delle cose inesauribili e inestinguibili. Forse, quindi, con la massima attenzione possibile e un apprendistato continuo, possiamo « cercare e saper riconoscere chi e cosa in mezzo all’inferno non è l’inferno, e farlo durare, e dargli spazio. »
Nous sommes une société d’études qualitatives internationale située en France, spécialisée dans cette belle science humaine qu’est la sociologie de l’imaginaire.